Les châteaux dans Les Très Riches Heures du duc de Berry

March 7, 2017

Les Très Riches Heures du duc de Berry, livre d’heures commandé par Jean Ier de Berry (1340-1416), un des bibliophiles le plus passionné d’art de la fin du Moyen Âge, est un véritable chef-d’œuvre de l’enluminure médiévale ! Sa réalisation par les frères Paul, Jean et Herman de Limbourg débuta en 1413. Inachevé à la mort des trois peintres et de son commanditaire en 1416, le manuscrit est complété par un peintre anonyme dans les années 1440 : pour certains historiens de l’art, il s’agit de Barthélémy d’Eyck. Puis, le manuscrit est achevé dans son état actuel entre 1485-1486 par le peintre Jean Colombe pour le compte du duc de Savoie. Quelques siècles plus tard, en 1856, il est acquis par le duc d’Aumale et il est toujours conservé dans son château de Chantilly : nous pouvons le contempler dans le cabinet des Livres !

 


# LE DUC DE BERRY
Son nom est à jamais associé aux Très Riches Heures. Il fut l’un des plus importants membres de la noblesse en France du début du XVe siècle. Rappelons qu’il fut le fils, le frère et l’oncle de trois rois de France : Jean II le Bon, Charles V et Charles VI. Nous gardons de Jean de Berry l’image du prince avenant figuré sur l’enluminure du mois de janvier : entouré de sa cour haute en couleur, le duc assis derrière une table richement ornée attend qu’on lui prête hommage !
Il était probablement le meilleur amateur d’art éclairé de la période médiévale. Mécène reconnu pour ses multiples contributions aux arts, il fut en même temps un grand collectionneur avec une prédilection pour les châteaux, les bijoux, les livres, les animaux exotiques…

 


# UN TÉMOIGNAGE DE L’ARCHITECTURE
Ce manuscrit est également un précieux témoignage de l’architecture de son temps. Les miniatures représentent avec beaucoup de précision des bâtiments contemporains des Très Riches Heures. La représentation du château est très présente dans la composition et a une place centrale. Neuf peintures du calendrier représentent des châteaux. D’autres monuments sont identifiables dans les miniatures, tels que la cathédrale Saint-Étienne de Bourges, le Mont-Saint-Michel ou encore une fois un château, celui de Mehun-sur-Yèvre. Sur les seize architectures identifiables, cinq sont des châteaux entrepris par le duc de Berry. Ce qui participe à la reconnaissance du duc comme bâtisseur de la fin du Moyen Âge !

 

 

LES CHÂTEAUX
 

# CALENDRIER DE MARS

 

 

Château : Forteresse de Lusignan

Localisation : Lusignan, Vienne (86)

État : Détruit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le calendrier de mars représente une scène de travaux agricoles à travers le temps des labours et de la taille de la vigne. La scène est dominée par la puissante forteresse de Lusignan, point stratégique du royaume en Poitou. Le château de Lusignan qui fut transformé et modernisé par le duc de Berry, était l’une de ses résidences favorites.

 

En position dominante dans la miniature, la précision de l’architecture souligne encore plus sa puissance. De gauche à droite, nous distinguons la double-enceinte, la barbacane, la tour de l’horloge, la tour Poitevine d’où s’échappe la fée Mélusine figurée en dragon ailé. La fée participe également à la démonstration de la puissance du duc, car elle serait la fondatrice du lignage et du château de Lusignan.

Selon la légende, cette fée avait pris l’apparence d’une très belle femme et avait épousé un mortel dénommé Raymondin, neveu du comte de Poitiers. Elle lui apporterait richesse et prospérité tant qu’il respecterait un interdit : elle lui avait fait promettre de ne pas douter de son origine et de ne jamais chercher à la voir le samedi. Un jour, il viola le pacte et découvrir le secret de la fée ! Elle se métamorphosait en serpente le samedi. Elle disparut et il perdit le bonheur qu’elle lui avait apporté.

 

La scène montre le pouvoir politique et économique du duc avec le château, ses dépendances et les terres cultivées. Le château de Lusignan faisait partie des plus grands châteaux forts français !

 

 

# CALENDRIER D'AVRIL

 

 

Château : Château de Dourdan

Localisation : Dourdan, Essonne (91)

État : Château-Musée de la ville de Dourdan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le printemps est la saison des fiançailles. Dans cette scène, il s’agit de celles du duc Charles d’Orléans et de Bonne d’Armagnac, petite-fille du duc de Berry. De manière plus large, le calendrier d’avril représente la renaissance du printemps.

 

En arrière-plan, nous pouvons voir le château de Dourdan, propriété de Jean de Berry et des maisons de bourg qui dominent la vallée de l’Orge. Construit par Philippe-Auguste en 1222, il devient propriété du duc à partir de 1400. Le château est caractéristique de l’architecture militaire de cette époque : bâti sur un plan carré protégé par des tours d’angles et un donjon isolé ; des fossés entourent le château.

 

Pour certains historiens, il pourrait s’agir du château de Pierrefonds construit également par Philippe-Auguste au début du XIIIe siècle et propriété de Louis Ier d’Orléans.

 

 

# CALENDRIER DE MAI

 

 

Château : Palais de la Cité

Localisation : Paris

État : Actuellement le palais de justice

 

 

 

 

 

 

Le mois de mai est illustré par la fête du 1er mai qui était alors la fête de l’amour ! La tradition voulait qu’à cette occasion, les princes et seigneurs se rendent dans une forêt voisine pour y couper des rameaux dont on décorait ensuite les maisons et les rues. Dans cette scène, une fête est donnée par Jean de Berry en l’honneur de sa fille Marie et de son époux Jean de Bourbon, devenu duc en 1410.

 

En arrière-plan est représenté le palais de la cité à Paris, alors siège du pouvoir politique des rois de France. Le palais fut jusqu’au XIVe siècle la demeure royale à Paris, puis abrita l’administration royale, judiciaire et financière. De gauche à droite, on distingue la tour carrée du châtelet, le sommet de la tour d’angle, les deux tours de la Conciergerie, la tour de l’Horloge. Sous Charles V, le palais fut le cadre idéal au déploiement des fastes de la royauté française. Plusieurs travaux d’embellissement sont alors menés. La tour nord-est est dotée de la première horloge publique de Paris. Elle orne toujours l’angle du boulevard du palais et le quai de l’horloge !

Pour la petite anecdote, Charles V nomma un gardien du palais, le concierge. L’ensemble des bâtiments sous sa charge furent désormais nommé conciergerie.

 

 

# CALENDRIER DE JUIN

 

 

Château : Palais de la Cité

Localisation : Paris

État : Actuellement le palais de justice

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le calendrier de juin représente les travaux des paysans à travers une scène de fenaison se déroulant en bordure de Seine, dans un champ situé à l’emplacement de l’hôtel de Nesle, résidence parisienne du duc de Berry. Il s’agit aujourd’hui de l’emplacement de la bibliothèque Mazarine.

 

Tout comme pour le mois de mai, le palais de la Cité est représenté en arrière-plan, mais cette fois-ci de manière beaucoup plus détaillée. De l’autre côté du fleuve, il s’étend dans toute sa longueur. On distingue de gauche à droite, la salle sur l’eau, les tours Bonbec, d’Argent et de César, la tour de l’Horloge, les deux pignons de la grande salle, la tour Montmorency et la Sainte-Chapelle.

 

 

# CALENDRIER DE JUILLET

 

 

 

Château : Château de Poitiers

Localisation : Poitiers, Vienne (86)

État : Détruit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le calendrier de juillet représente une nouvelle fois des travaux agricoles. Elle complète la scène de juin, mais ici, c’est le travail de la moisson qui est mis en avant.

 

En arrière-plan, nous pouvons voir le château de Poitiers, situé au bord de la rivière du Clain, triangulaire aux toits d’ardoise bleue, reconstruit par le duc de Berry durant sa jeunesse. La miniature donne une vue fidèle d’un château typique du XVe siècle : il perd un peu de la fonction militaire qu’il avait au Moyen Âge pour devenir une résidence moderne. Le château est bâti sur un éperon rocheux qui lui donne sa forme triangulaire. On y entre par une longue passerelle, que protège une tour rectangulaire, et par un pont-levis. La vie de cour se concentre de l’autre côté des murailles. À droite du château, on distingue un ensemble de bâtiments dont une chapelle. L’architecture de ce château obéit encore aux exigences d’un ouvrage défensif, mais les larges fenêtres garnies de vitraux ouvertes dans les tours et sur le toit des bâtiments fermant la cour intérieure témoignent d’une préoccupation nouvelle en ce qui concerne l’habitat seigneurial.

 

 

# CALENDRIER D'AOÛT

 

 

 

Château : Château d’Étampes

Localisation : Étampes, Essonne (91)

État : Ne subsiste que le donjon appelé Tour de Guinette

 

 

Le calendrier d’août met en avant plusieurs tableaux : une scène de chasse au vol au premier plan et de l’autre côté du cours d’eau, des paysans travaillant le blé. Le battage du blé est une scène emblématique du mois.

 

En arrière-plan, se dresse le château d’Étampes que le duc de Berry avait acquis en 1400, à la mort de Louis d’Evreux, comte d’Etampes. Le duc offrit le château à Charles d’Orléans, mari de sa petite-fille Bonne d’Armagnac. Selon des historiens de l’art, Charles d’Orléans serait représenté ici sur un cheval blanc et la scène représenterait la prise de possession du château. On distingue derrière les remparts : les tours, la chapelle et les bâtiments couverts de tuiles et au milieu, le donjon quadrangulaire et la tour Guinette.

 

 

# CALENDRIER DE SEPTEMBRE

 

 

 

Château : Château de Saumur

Localisation : Saumur, Maine-et-Loire (49)

État : Château-Musée de la ville de Saumur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le calendrier de septembre représente les vendanges au pied du château de Saumur, en Anjou, région déjà viticole à l’époque. Le château appartient alors à un neveu du duc de Berry, le duc Louis Ier d’Anjou. Le cadre du domaine de Saumur est un hymne à la royauté !

 

Le château de Saumur dont les tours sont coiffées de girouettes à fleurs de lys dorées domine la scène. Sa position dominante accentuée par la verticalité des lignes souligne la puissance politique de la famille royale de France. La hauteur des murs du château et la forme du donjon traduisent la puissance du seigneur et sa faculté de protéger ses vassaux. Sur la gauche, derrière le mur d’enceinte, on aperçoit le clocher d’une chapelle et les cheminées des cuisines qui rappellent celles de l’abbaye de Fontevraud, construite non loin de Saumur. Au-devant du château, entre les vignes et la douve, nous voyons la lice fermée par une clôture de bois où se déroulaient les tournois. Une distraction très prisée au XVe siècle !

 

 

# CALENDRIER D'OCTOBRE

 

 

 

Château : Palais du Louvre

Localisation : Paris

État : Musée du Louvre / il ne reste que des ruines, sous terre, du Louvre médiéval 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme le calendrier de juin, la scène se déroule en bord de Seine. On retrouve ici l’image traditionnelle du mois d’octobre : les semailles, à Paris sous les murailles du Louvre, puissante forteresse reconstruite par Charles V.

 

Du Louvre du roi Charles V, nous distinguons le donjon au centre qui accueillait le trésor royal. La façade orientale, à droite, est encadrée par la tour de la Taillerie et la tour de la Chapelle. À gauche, nous distinguons la façade méridionale avec ses deux tours jumelées au centre. Le château est protégé par une enceinte de tours et de bretèches.

 

 

# CALENDRIER DE DÉCEMBRE

 

 

 

Château : Château de Vincennes

Localisation : Vincennes, Île-de-France (94)

État : En grande partie arasé

 

 

 

 

 

 

Le calendrier de décembre est marqué par une scène de chasse à courre au sanglier : c’est le mois où l’on tue le cochon.

 

C’est au château de Vincennes qu’est né le duc de Berry le 30 novembre 1340. Cette forteresse avait été agrandie, embellie et rénovée par son frère, le roi Charles V, pour y garder ses trésors durant la guerre de Cent Ans. Le château de Vincennes est avec le Louvre, l’autre grande forteresse qui défend Paris. Il est aujourd’hui en grande partie arasé.

 

 

# MINIATURE « LA TENTATION DU CHRIST »

 

 

 

Château : Château de Mehun-sur-Yèvre

Localisation : Mehun-sur-Yèvre, Cher (18)

État : En grande partie détruit, Musée Charles VII

 

 

Cette miniature illustre les trois tentations du Christ dans le désert à l’issue de ses quarante jours de jeûne :

La tentation de transformer la pierre en pain

La tentation de se jeter du haut d’un pic pour que les anges le portent sur terre

La tentation de découvrir tous les royaumes du monde.

 

 

 

 

 

Le tout est englobé de l’imposant château de Mehun-sur-Yèvre, propriété du duc de Berry. Au tournant des XIVe et XVe siècles, Jean de Berry fait construire une élégante résidence de villégiature. Il est dit que les élévations supérieures étaient de véritables dentelles de pierre et de verre ! Le château fut le lieu de séjour privilégié du roi Charles VII qui y meurt en 1461.

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