Nouvelle saison d’art contemporain au Domaine de Chaumont-sur-Loire

April 8, 2019

 

du 30 mars au 3 novembre 2019

 

Centre d’Arts et de Nature depuis 2008, le Domaine de Chaumont-sur-Loire est devenu un lieu incontournable de l’art et des jardins. Sa triple identité - patrimoniale, artistique et jardinistique - en fait un lieu singulier en Val de Loire. Chaque année, des artistes de renommée internationale, plasticiens et photographes, sont invités à venir créer des œuvres inédites et originales sur le thème de la nature. Réparties sur les 32 hectares du Domaine, les œuvres d’art réalisées, fruits d’une véritable rencontre entre les artistes et l’esprit du lieu, offrent aux visiteurs un parcours initiatique riche de découvertes, de surprises et d’émotions. Cette année, ce sont douze artistes qui sont invités à Chaumont-sur-Loire pour cette nouvelle saison d’art et de nature, sous le signe du rêve et de la poésie.

 

Portes, 1988 / Cornélia Konrads • Photographie : © E. Sander 

 

 

Rencontre avec Chantal Colleu-Dumond, Directrice du Domaine & Commissaire de la saison d’art.

 

Douze artistes sont invités cette année pour la nouvelle saison d’art de Chaumont-sur-Loire. Comment ces artistes ont-ils été choisis ? Les œuvres exposées sont-elles des créations réalisées spécialement pour Chaumont ?

Je choisis les artistes et les œuvres en tant que commissaire de l’exposition. Je pense qu’il est important qu’il y ait un regard unique pour favoriser ce dialogue entre les artistes et le parc, les divers espaces patrimoniaux qui sont ici. À 90%, les œuvres que nous présentons sont réalisées in situ et sont des créations imaginées par des artistes en fonction des lieux dans lesquels je leur ai proposé d’intervenir ou nous avons choisi ensemble d’intervenir.

 

Je pense à Stéphane Thidet qui interviendra dans la grange aux abeilles et dans la galerie basse de la cour des jardiniers. Et donc là, en fonction de ces espaces, dans la continuité de son univers qui est un univers très intéressant, très poétique toujours en lien avec les éléments et notamment avec l’eau, et bien ça a conçu des œuvres originales. Il y a Les pierres qui pleurent, ce sont des pierres qui vont recevoir des larmes, des gouttes d’eau, qui vont tomber sur un sol de calcaire. Au fil de la saison, va se dessiner un tableau avec cette présence aléatoire de l’eau. Je trouve que l’idée était bouleversante. Et la deuxième œuvre assez complexe à réaliser, c’est une lampe incroyable qui va se déplacer à la surface de l’eau de manière aléatoire et une eau qui sera recouverte de lentilles d’eau. J’ai eu le coup de foudre pour cette œuvre.

 

Chantal Colleu-Dumond • Photographie : © François Christophe 

 

Cabane du bonheur • © Agnès Varda

 

Comment procédez-vous pour choisir les artistes ? 

Je vais dans tous les lieux importants de l’art. Je vais à la Biennale de Venise, je vais à la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain), dans les galeries, je visite les ateliers des artistes. Ce qui est important, c’est que je mémorise de façon permanente et comme il y a des liens subliminaux entre les œuvres chaque saison, une rencontre avec un artiste peut amener une présence, 2 ans ou 3 ans après.

 

Je cite toujours l’exemple de ce typographe extraordinaire Bae Bien-U, Coréen. J’avais vu son travail à Saint-Pétersbourg, dans un musée, à l’occasion d’une invitation plutôt liée à l’univers des jardins. J’avais eu un coup de foudre absolu et j’ai passé beaucoup de temps à retrouver l’artiste. Et ça été un peu long, mais c’est souvent comme ça. Je ne peux inviter ici à Chaumont-sur-Loire que des artistes pour lesquels j’ai un véritable déclic, un coup de foudre, parce que c’est très important pour bien défendre une programmation, il faut être totalement sûr des artistes que l’on présente. Ça ne fait pas beaucoup par an, entre 12 et 15 artistes, plus les photographes à l’automne. Mais il m’arrive de découvrir une œuvre d’art et d’aller beaucoup plus loin, en cherchant et en rencontrant les gens. Et il y a aussi ce que j’appelle le contentieux de subjectivité, c’est-à-dire des artistes qui aiment bien Chaumont et ont déjà créé des œuvres à Chaumont me disent « Je verrai bien tel artiste à Chaumont-sur-Loire ». Donc je vais voir, parfois ça ne débouche sur rien, parfois il y a une parenté incroyable et ça amène à des rencontres. C’est divers, c’est un immense travail. 

 

Quels sont les points forts de cette nouvelle saison d’art ?

 

Je vais plutôt vous répondre en terme de personnalités. Il y a des personnalités que je considère comme des personnalités tutélaires du monde de l’art qui, par leur âge et leur génération, surplombent un petit peu la scène artistique.

 

J’ai évidemment pour la troisième fois El Anatsui. Je me permets d’insister sur la chance qu’est la nôtre d’avoir cet artiste qui a eu en 2015 le Lion d’Or de la Biennale de Venise pour l’intégralité de son œuvre et qui a eu également le Preamium Imperiale en 2017, ce qui est l’équivalent du prix Nobel dans le domaine des arts plastiques. C’est une chance pour nous d’avoir cet artiste qui vient d’avoir 75 ans et qui a une relation privilégiée avec Chaumont-sur-Loire.

 

Deuxième figure tutélaire un peu surprenante, c’est Gao Xingjian qui est un peintre qui travaille avec toutes les subtilités de l’encre de chine, aussi bien sur papier que sur toile. En plus d’être peintre, il est prix Nobel de littérature. C’est très intéressant de montrer ce travail très particulier qui est entre l’abstraction et la figuration. Il a trouvé son cheminement personnel entre ses origines asiatiques et ce qui se passe dans la peinture en Europe. C’est un travail d’une poésie infinie. Cet homme est absolument extraordinaire sur ce qu’il fait, sur la fragilité de la création, la fragilité des êtres que nous sommes tous. En plus, il a eu l’idée absolument  extraordinaire d’appeler cette exposition Appel pour une nouvelle Renaissance, alors qu’il ne savait pas que c’était les préoccupations dans notre région.

 

La troisième c’est Agnès Varda qu’on connaît évidemment comme cinéaste reconnue dans le monde entier pour ses films, ses documentaires, sa fantaisie et ce qu’elle a fait avec JR récemment. Elle est venue visiter Chaumont il y a trois ans et a eu, je crois, un coup de foudre pour ce lieu. J’ai pensé que la fantaisie, l’humour, la délicatesse, la finesse de cette femme extraordinaire était bien en phase avec Chaumont-sur-Loire. Elle va intervenir dans trois galeries de la cour des jardiniers. Dans une galerie, elle va présenter La Serre du Bonheur qui est faite avec des pellicules de son film Le Bonheur. Je trouve ça très poétique. Elle va également présenter des photographies inédites, une série qu’elle a inventé pour Chaumont avec des mains qui se lient entourées d’éléments végétaux, ça s’appelle Mains complices. Et pour la troisième œuvre, on va avoir, posé sur un ton d’arbre, son chat Mimi qui n’est plus de ce monde mais qu’elle réincarne pour Chaumont-sur-Loire à côté d’un jardin qui ressemble à son jardin de la rue Daguerre. Je suis contente d’avoir ces trois personnages et la quatrième figure tutélaire, c’est Sheila Hicks, c’est la grande commande de la Région pour trois ans, on retrouve ses œuvres dans les chambres des invités et dans les cuisines.

 

Ci-dessus / Agnès Varda • Photographie : © Julia Fabry

Glacières • © Vincent Mauger

 

La deuxième catégorie d’artistes est les quarantenaires avec Stéphane Thidet dont j’ai parlé précédemment et Vincent Mauger qui est un artiste en pleine recherche qui s’intéresse à la concrétisation des pensées. On a des objets qui sont en correspondance avec ce que l’on peut avoir dans l’esprit. Il y a ces pierres posées sur l’eau qui sont des pierres striées et la deuxième œuvre est une fleur incroyable qui semble sortie de l’imaginaire et qu’il a conçu pendant plusieurs semaines en résidence à Chaumont-sur-Loire. Troisième artiste qui fait partie de cette génération est Janaina Mello Landini, une artiste brésilienne. Elle fait un travail sur la forêt amazonienne, qui est de plus en plus menacée, avec un matériau que sont les cordes. Elle travaille avec des cordes, avec des fils. On a une forêt toute blanche, immaculée qui est une sorte d’appel, de métaphore en référence à la forêt amazonienne. Comme toujours ici on a des œuvres d’une très grande poésie mais qui véhiculent un message. On a également une autre artiste de cette génération qui est Cornelia Konrads que tout le monde connaît parce qu’elle était venue à Chaumont avec sa porte. Elle vient d’abord pour restaurer la porte et a eu l’idée d’une œuvre qui s’appelle Rupture où le végétal semble rompre, briser un sol de briques. 

 

 

On a ce que j’appellerai les artistes de la matière. J’ai invité un artiste qui s’appelle Christian Renonciat qui vous donne l’impression d’être face à une étoffe et en fait c’est du bois. C’est vraiment un génie de la matière. Il y aura plusieurs œuvres de cet artiste qui seront posées dans l’espace du château et également dans les écuries. Il y a 6 ou 7 œuvres de Christian Renonciat qui se trouve être un artiste qui vit dans la Région. C’est intéressant d’avoir des artistes qui sont dans notre proche environnement. Deuxième artiste, Luzia Simons qui est une artiste que j’ai déjà invité et que j’aime beaucoup. Elle fait des scannogrammes en général et là on aura une tapisserie extraordinaire. Elle change de support, c’est assez magique. On présentera également une œuvre de Marc Couturier, des orangers qui sont fait avec de la porcelaine de Limoges et de Sèvres. C’est une œuvre qui n’a pas été faite pour Chaumont mais pour laquelle j’ai eu un coup de foudre absolue. C’est un chef-d’oeuvre. Et on aura également une œuvre de Côme Mosta-Heirt qui lui travaille avec du bois avec des nuances de verts très nombreuses.

 

C’est ce que j’aime à Chaumont, c’est toujours surprendre le visiteur. C’est quand on installe une œuvre dans un endroit où l’on ne s’y attendait pas.  Pour que le visiteur n’ait pas toujours l’impression de voir les mêmes choses.

 

Il y a aussi Ma Desheng, un artiste d’origine chinoise, qui travaille avec du bronze au niveau des montes pierres et on pourrait y voir des figures humaines. Et on voit se dessiner quelque part une sorte de constance subliminale entre les pierres de Ma Desheng, les pierres de Vincent Mauger et celles de Stéphane Thidet. Je suis très sensible à ça car comme nous avons des visiteurs de tous types. C’est une des grandes chances de Chaumont-sur-Loire. Nous avons les connaisseurs, les galeristes, les collectionneurs, les journalistes spécialisés, les artistes évidemment mais aussi un public qui ne va pas forcément fréquenter les lieux de l’art et qui va rencontrer ici des artistes qu’on n’a pas souvent l’occasion de voir. Moi ce qui me plait c’est de toucher les connaisseurs et de toucher les autres. 

 

 

Œuvre de Luzia Simons, détail • Photographie : © E. Sander

 

L’art contemporain a une place importante à Chaumont. L’alliance ancien et art contemporain n’est pas toujours acceptée et compris par le grand public. Comment est-elle perçue ici ?

Ce n’est pas le cas à Chaumont. Ça fait quand même douze ans que l’art est présent dans ce dialogue avec le patrimoine. Dans la mesure où il y a un immense respect pour le patrimoine. C’est vrai que nous avons totalement rénové le château, on a acheté grâce à un fond régional 600 meubles et objets. On a pu reconstituer le décor grâce à des témoignages photographiques et ce sont des investissements très importants. Et le mobilier national a également déposé 80 meubles et objets. Il y a un vrai désir de reconstituer l’ambiance du château des Broglie aussi bien dans les espaces d’usage que les espaces muséaux. Le public le sent ça. Et puis les œuvres d’art sont installées dans des espaces où on n’allait pas auparavant. Là où nous installons des expositions de photographies ou de peintures et de dessins au printemps, ce sont des espaces qui étaient fermés quand je suis arrivée. Donc quelque part, l’art a permis d’aller là où on ne pouvait pas aller. J’ai ouvert des lieux où on a mis de l’art. Nous n’avons pas reçu de réactions négatives, au contraire. Je pense que les artistes, qui sont les personnes les plus délicates et intelligentes du monde, le comprennent en tout cas à Chaumont, qu’il y a une âme ici à laquelle il ne faut pas attenter. Et donc ça c’est toujours très bien passé.

 

Nous on est dans la logique de la célébration d’un lieu. On a beaucoup travaillé sur les jardins et sur le château et on travaille beaucoup sur l’art avec des artistes qui comprennent la beauté et la magie d’un lieu. Je pense que les artistes sont des personnages majeurs dans nos sociétés contemporaines, de plus et plus et on ne le dit pas toujours, ce sont des passeurs qui nous entraînent vers une autre vision de notre vie et de notre société. Et quand on a la chance d’être dans la poésie comme à Chaumont-sur-Loire, on peut toucher des adolescents ou des gens qui ne sont pas familiers de l’art. Beaucoup de gens pensent que les musées ou les salles de concert ne sont pas pour eux. Dans un sens, c’est pour chacun d’entre nous. Simplement, on a parfois emprisonné l’art dans un lieu pour spécialiste. C’est un vrai combat à mener.  

 

Vous êtes ici, détail • © Marc Couturier

 

INFORMATIONS PRATIQUES

Domaine de Chaumont-sur-Loire

41150 Chaumont-sur-Loire

Renseignement : 02 54 20 99 22

 

Horaires : le Château et le Centre d’Arts et de Nature sont ouverts toute l’année, sauf le 1er janvier et le 25 décembre.

 

Tarifs : plein tarif 18€ / tarif réduit 12€ / enfants (6 à 11 ans) 6€

 

www.domaine-chaumont.fr

 

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