Situé en Normandie, le Château de Canon appartient à la même famille depuis sa construction au XVIIIe siècle. Un domaine où le patrimoine n’est pas seulement conservé, mais vécu, partagé et sans cesse réinventé.
Depuis 1999, la famille a fait le choix d’une gestion participative originale : chaque membre consacre 180 heures par an au fonctionnement du site, de l’entretien des jardins ou encore à l’accueil des visiteurs. Une implication collective qui façonne l’identité de Canon.
Ouvert progressivement à la visite depuis les années 1980, le château a su évoluer au fil du temps en proposant des animations, des événements, en créant une roseraie ou encore l’élargissement des saisons, pour assurer sa pérennité sans perdre son âme.
Avec la rubrique « Ils font bouger les pierres : des initiatives inspirantes », nous vous proposons de partir à la rencontre de celles et ceux qui font vivre le patrimoine au quotidien, et qui osent créer, expérimenter, communiquer autrement, ouvrir leurs portes différemment. Des initiatives inspirantes pour montrer que les pierres, elles aussi, peuvent bouger.
Pour ce premier article, direction le Château de Canon, à la rencontre de Marguerite de Mézerac, directrice d’exploitation du domaine.
Le Château de Canon, en quelques mots
Construit au XVIIIᵉ siècle, le Château de Canon est célèbre pour ses jardins classés et son plan paysager unique, mêlant rigueur classique et liberté à l’anglaise.
Resté dans la même famille depuis son origine, le domaine a traversé les siècles sans jamais rompre le lien entre architecture, paysage et art de vivre.
5 questions à Marguerite de Mézerac, directrice d'exploitation du Château de Canon
1. Canon est un château resté dans la même famille depuis plusieurs générations. Qu’est-ce que cela change dans la manière de faire vivre le lieu aujourd’hui ?
Le fait que le château soit resté dans la même famille facilite la transmission. On a vraiment l’impression de collaborer avec les générations d’avant et avec celles à venir.
On se sent comme un maillon : ce que l’on fait aujourd’hui s’appuie sur ce qui a été fait auparavant, et se pense aussi pour les suivants. Il y a cette idée d’une chaîne qui ne s’interrompt pas.
Bien sûr, ce sentiment peut aussi exister en dehors d’une transmission familiale, mais ici cela ajoute un côté affectif très fort. Le fait que les générations précédentes — les grands-parents, les arrière-grands-parents — aient façonné le lieu crée un attachement particulier. Cela charge le château d’émotion et nourrit, je pense, la motivation de la génération actuelle.
2. Vous avez mis en place une organisation familiale participative, où chaque membre consacre 180 heures par an au domaine. Comment cela s'organise-t-il au quotidien ?
Le Château de Canon est organisé en société civile immobilière depuis 1999, entre les descendants. Chacun exerce son propre métier, mais consacre aussi du temps au domaine.
Cela permet de constituer de véritables forces vives et de mettre les compétences de chacun au service de la propriété. Les parcours sont variés, ce qui crée une richesse précieuse pour la gestion quotidienne comme pour les projets.
3. Depuis quarante ans, le site s’est beaucoup développé : ouverture des jardins, animations, accueil de nouveaux publics, etc. Comment avez-vous fait évoluer Canon sans perdre l’âme du lieu ?
C’est une vraie question, parce qu’il y a d’un côté la nécessité économique de rendre le lieu attractif, afin que les recettes touristiques puissent financer les travaux et l’entretien du domaine.
Mais dans le même temps, si les activités développées ne sont pas en harmonie avec l’esprit du lieu, si elles ne participent à sa mise en valeur qu’à court terme, cela n’a pas de sens et ne va pas dans le sens d’une démarche durable.
Ce n’est pas une question simple, d’autant plus que le château est classé monument historique dans son intégralité, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est à la fois une chance et une contrainte : on ne peut pas faire n’importe quoi.
Dans notre cas, nous avons avancé assez doucement, pas à pas. Cela nous a permis d’être à l’écoute de ce qui fonctionnait, de ce qui correspondait vraiment au lieu. Il y a eu des choses que nous avons testées et qui n’ont pas marché, et que nous avons ensuite réajustées.
Progressivement, nous avons trouvé ce qui convenait à Canon : remettre d’abord en valeur le jardin et le parc, qui sont exceptionnels. Cela est passé par des recréations très ancrées dans l’esprit du lieu, qui permettent de redécouvrir le domaine sous un jour nouveau, plus contemporain, mais toujours profondément fidèle à son identité.
4. Au fil des années, vous avez fait le choix de proposer bien plus qu’une simple visite, avec la mise en place d’événements et d’animations familiales. Pourquoi était-il important pour vous de penser le château comme un lieu de vie et de rencontres ?
Je pense que c’est l’ADN du lieu depuis sa création. C’est d’ailleurs le cas de nombreux châteaux.
Au XVIIIᵉ siècle déjà, de grandes fêtes populaires étaient organisées à Canon : on y couronnait la bonne fille, le bon vieillard, et jusqu’à 10 000 personnes du village pouvaient s’y retrouver. Cette tradition ne s’est jamais vraiment perdue. À chaque génération, il y a eu des illuminations dans l’avenue, des kermesses, des temps forts ouverts à tous.
Finalement, conserver le lieu, c’est aussi conserver sa vocation accueillante. Se consacrer uniquement à la préservation des pierres et des éléments matériels est essentiel, bien sûr, mais ce n’est pas suffisant. Un lieu, c’est aussi ce qu’il fait vivre.
Aujourd’hui, accueillir des visiteurs grâce au tourisme permet d’entretenir cette vocation d’accueil, de faire vivre le domaine, tout en contribuant à financer les travaux nécessaires.
5. Aujourd’hui, quels sont les projets qui vous tiennent le plus à cœur pour l’avenir du Château de Canon ?
Nous avons plusieurs projets. Tout d’abord, nous souhaitons continuer à développer notre ferme florale. Nous cultivons des fleurs en circuit court, notamment pour les mariages, et nous aimerions étoffer cette activité en proposant davantage d’ateliers. Nous travaillons aussi sur une offre de fleurs séchées, pensée cette fois pour les visiteurs du parc, afin qu’ils puissent repartir avec un bouquet, ce qui est plus adapté que la fleur fraîche pour les touristes.
À moyen terme, nous portons également un très beau projet de conservatoire de la rose normande. L’idée est d’accueillir une collection de rosiers normands et de raconter un pan méconnu de l’histoire de la Normandie, qui fut une véritable terre d’obtenteurs de roses.
Ce projet prendra la forme d’une roseraie et d’un centre d’interprétation, sur lequel nous travaillons avec des acteurs locaux. C’est un projet profondément ancré dans le territoire.
Enfin, nous souhaitons poursuivre la restauration intérieure du château, afin de proposer un parcours de visite à la hauteur du lieu : un parcours lisible, accueillant, pensé pour raconter l’histoire de Canon et adapté aux familles.
Question bonus : Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent avant tout de leur passage à Canon ?
Le beau, l’émerveillement. J’aimerais que les visiteurs repartent de Canon avec ce sentiment-là, profondément ancré en eux.
Un grand merci à Marguerite de Mézerac pour le temps accordé et pour cet échange sincère autour du quotidien et de la vision qui font du Château de Canon un lieu vivant, en mouvement.
Si vous ne connaissez pas encore Canon, la visite est une belle invitation à l’émerveillement, au fil des jardins, des saisons et des projets portés par celles et ceux qui le font vivre.
Préparer sa visite : informations pratiques
🗓 Saison 2026
Les jardins et le château sont ouverts :
- Mai, juin septembre : tous les jours sauf le mardi, de 14h à 18h
- Juillet et août : tous les jours, de 10h30 à 19h
🎟 Tarifs
Visite libre du château et des jardins
- Adultes : 10€
- 6-18 ans : 5€
- Gratuit – de 6 ans
- Pass famille (2 adultes + 3 enfants et plus) : 30€
📍 Contact
- Téléphone : 02 31 20 65 17
- Mail : canon.accueil@gmail.com
- Site : www.chateaudecanon.com
« Vous allez aimer les vieilles pierres ! »
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