C’est l’un des lieux les plus exceptionnels et les plus secrets de Paris. Situé au numéro 25 de l’avenue des Champs-Élysées, l’Hôtel de la Païva est un splendide hôtel particulier, construit entre 1856 et 1865. Symbole d’une ascension sociale fulgurante, c’est ici que la marquise de Païva, la courtisane la plus célèbre du Second Empire, recevait l’élite intellectuelle et artistique dans un décor où le luxe ne connaissait aucune limite.
Aujourd’hui propriété du très sélect Traveller’s Club, ce joyau ne s’offre pas au premier venu. Uniquement accessible en visite guidée, l’Hôtel de la Païva se mérite : les places sont rares et l’accès strictement encadré. Franchir ce seuil, c’est quitter le tumulte de Paris pour plonger dans l’univers de la plus célèbre « lionne » de son époque. Entre l’incroyable escalier d’onyx et les plafonds de maîtres, je vous emmène découvrir ce lieu hors norme qui compte parmi les plus belles visites que j’ai pu faire jusqu’à présent !
De Thérèse Lachmann à la Marquise de la Païva
Derrière la démesure de cet hôtel particulier se cache le destin d’une femme qui a bâti sa propre légende. Née Thérèse Lachmann vers 1819 dans le ghetto de Moscou, elle commence sa vie loin du luxe parisien, mariée très jeune à un modeste tailleur. Mais son ambition est ailleurs : elle quitte tout, traverse l’Europe et arrive à Paris vers 1845. C’est là que commence sa véritable ascension.
Elle s’impose d’abord dans le milieu des artistes et des écrivains grâce au pianiste Théodore Herz, avant de conquérir l’aristocratie londonienne. Mais c’est son mariage en 1850 avec un joueur désargenté, le « faux » marquis de Païva, qui lui offre ce qu’elle désire par-dessus tout : un titre de noblesse. Bien que le couple se sépare presque immédiatement, Thérèse devient officiellement la Marquise de la Païva, un nom qu’elle saura faire briller dans tout Paris.
Sa rencontre avec le jeune comte prussien Guido Henckel von Donnersmarck marque le tournant décisif. Héritier des mines de Silésie et titulaire d’une fortune colossale, il tombe éperdument amoureux d’elle et lui donne les moyens de ses ambitions. C’est pour elle, et pour asseoir sa position sociale, qu’il finance le chantier pharaonique de l’hôtel des Champs-Élysées. Inauguré en 1866, le lieu devient le rendez-vous de l’élite intellectuelle, avec Théophile Gautier en fidèle habitué, avant que l’histoire ne rattrape la marquise, accusée d’espionnage et contrainte à l’exil après la guerre de 1870.
Les trésors de l'Hôtel de la Païva
Franchir le seuil de l’Hôtel de la Païva, c’est entrer dans un sanctuaire des arts décoratifs. Classée monument historique, la demeure est restée dans un état de conservation miraculeux, offrant un témoignage unique sur ce qu’était le luxe absolu sous le Second Empire. Chaque salle est un éblouissement : ici, on ne se contentait pas de faire beau, on cherchait à créer l’exceptionnel.
L’escalier d’honneur : un chef-d’œuvre en onyx unique au monde
C’est sans doute la pièce maîtresse du bâtiment, celle qui vous coupe le souffle dès l’entrée. Véritable prouesse architecturale, cet escalier d’honneur est entièrement taillé dans un onyx jaune d’Algérie. C’est un matériau d’une rareté extrême dont la couleur semble littéralement capturer et diffuser la lumière, donnant l’impression que la structure est incandescente.
L’effet est saisissant : entouré de torches en bronze, cet escalier monumental est orné de statues grandeur nature de Dante, Pétrarque et Virgile, réalisées par le sculpteur Barrias. Cet ensemble est si spectaculaire qu’il avait été l’une des sensations de l’Exposition universelle de 1867. C’est ici que l’on mesure toute la démesure de la Marquise : rien n’était trop rare, ni trop coûteux, pour affirmer sa puissance.
Le Grand Salon et ses décors
La visite se poursuit avec le Grand Salon, un chef-d’œuvre absolu du goût Second Empire. Ce qui frappe immédiatement, c’est la cheminée monumentale en marbre de Griotte, signée Eugène Delaplanche. Les statues qui l’entourent et la plaque de marbre blanc représentant « La Danse des amours » témoignent du soin apporté au moindre détail.
Mais le véritable clou du spectacle se trouve au plafond. On y découvre une œuvre magistrale intitulée « Le Jour chassant la Nuit », signée par le peintre Paul Baudry. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est normal : c’est à lui que l’on doit la décoration mythique du foyer de l’Opéra Garnier. Avoir un tel artiste pour son propre salon était, à l’époque, le comble du prestige.
💡 Si le décor vous semble familier, c’est peut-être parce que le salon a récemment servi de cadre pour le tournage du film Le Comte de Monte-Cristo.
La salle de bains mauresque
Si l’on cherche la définition même de la démesure, elle se trouve ici. La salle de bains d’inspiration mauresque est un véritable décor de mille et une nuits en plein cœur de Paris. Entièrement carrelée de faïences précieuses, elle abrite la pièce la plus célèbre de l’hôtel : une légendaire baignoire en argent (en fait, du bronze argenté) sculptée.
C’est ici que le mythe de la Marquise prend toute son ampleur. Selon la légende qui courait dans tout Paris, la Païva y prenait régulièrement des bains de champagne, de lait, ou même de tilleul. Que ce soit vrai ou pure affabulation pour nourrir son mystère, ce décor illustre parfaitement son goût pour un luxe qui ne connaissait aucune limite, même dans l’intimité.
Salle à manger, jardin d'hiver, chambre : le raffinement dans chaque détail
La visite ne s’arrête pas aux pièces d’apparat. Le parcours nous mène aussi vers :
- La salle à manger : C’est ici que la Païva organisait ses dîners, même s’il était de notoriété publique que sa table n’était pas la meilleure de Paris ! Le décor néo-Fontainebleau s’articule autour d’une cheminée monumentale de Jules Dalou représentant une « Jeune fille aux raisins ». Depuis cette pièce, on aperçoit le jardin d’hiver, réaménagé plus tard par le Club.
- La chambre de la Païva : Le plafond de style Renaissance est orné de volubilis, fleurs symbolisant les relations sans lendemain : un message subtil rappelant que si elle continuait ses activités de courtisane, son cœur appartenait à Guido. Son lit légendaire en forme de conque a disparu, , tout comme ses cabinets qui « débordaient de pierres précieuses ».
En 1877, accusée d’espionnage, la Marquise est contrainte de fuir la France pour la Silésie, où elle s’éteint en 1884. Depuis 1903, le lieu appartient au Traveller’s Club, ce qui explique son état de conservation exceptionnel.
Préparer sa visite : informations pratiques
⚠️ Accès
Visites guidées uniquement (via des sites comme Paris capitale historique)
🎟 Tarifs
- Comptez environ 25€/30€ au total (dont 10€ de droit d’entrée).
« Vous allez aimer les vieilles pierres ! »
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