La maison Picassiette : la demeure de mosaïque de Raymond Isidore

Bienvenue à la maison Picassiette ! Niché à Chartres, ce lieu unique et profondément émouvant semble tout droit sorti d’un rêve éveillé. C’est l’histoire incroyable d’un homme, Raymond Isidore, né à Chartres en 1900. Balayeur au cimetière municipal, il s’installe ici avec son épouse Adrienne en 1930.

Pendant près de 30 ans, guidé par une inspiration débordante, il va construire, façonner et décorer sa maison de ses propres mains. Sa matière première ? Des débris de vaisselle, d’assiettes et de verre multicolores récupérés dans les décharges publiques au fil de ses promenades. Ses voisins, stupéfaits par ce travail de titan, finissent par le surnommer affectueusement « Picassiette », le Picasso de l’assiette.

Acquise par la ville de Chartres en 1981 et classée Monument historique, cette demeure est aujourd’hui un témoignage bouleversant de créativité.

Une vie guidée par la lumière et l'Esprit

Pour comprendre la naissance de la maison Picassiette, il faut remonter à l’enfance de son créateur. À l’âge de deux ans, les parents de Raymond Isidore s’aperçoivent qu’il est aveugle. Ce n’est qu’à ses dix ans que le destin bascule : au cœur de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, le jeune garçon retrouve soudainement la vue. Il découvre alors, pour la toute première fois, l’éclat des couleurs à travers les vitraux de la cathédrale, un choc visuel et spirituel qui marquera toute son existence.

En 1924, Raymond épouse Adrienne, une couturière veuve et mère de trois enfants. Son premier grand rêve est de mettre sa famille à l’abri. Travaillant comme cantonnier, il achète un terrain et bâtit lui-même sa maison en 1930.

L’aventure artistique commence en 1938. Attiré par le scintillement de débris de faïence sur les chemins, il commence à les ramasser sans but précis, avant de confier à sa femme qu’il a « une idée pour décorer la maison ». Dès lors, rien ne l’arrêtera plus. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il déploie son art du sol au plafond à l’intérieur de la maison, recouvrant même la machine à coudre d’Adrienne, qui lui lancera un jour avec humour : « Un jour, je vais me réveiller et tu m’auras recouverte de mosaïque ! » À la Libération, en 1945, il poursuit son œuvre à l’extérieur, peignant et gravant les murs et la cour, affirmant être guidé par une voix intérieure, un Esprit divin qui dicte chacun de ses gestes.

La Maison Picassiette à Chartres
La maison de Raymond Isidore

D'où vient le nom « Picassiette » ?

On pourrait croire que ce surnom est une moquerie, mais c’est devenu la signature d’un véritable génie de l’art brut. En 1952, deux journalistes du magazine Radar demandent à Raymond la permission de l’appeler ainsi dans leur article : « À Chartres, on l’a surnommé PICASSIETTE ». Faisant à la fois écho au peintre Picasso et à sa manie de glaner des bouts d’assiettes, le pseudonyme est immédiatement adopté par les habitants et qualifie désormais la maison elle-même.

Pour réaliser ce travail de titan, Raymond Isidore a œuvré dans une solitude absolue, refusant qu’on le regarde créer. Son outillage était d’une simplicité déroutante : une truelle, un marteau, un couteau et une Bible qu’il gardait toujours près de lui. Il appliquait directement sur les murs un mortier de ciment et de sable, le gravait au couteau, y incrustait ses morceaux de vaisselle, puis lissait le tout avec une couche de joint. Pour obtenir ce bleu si vibrant et créer du relief, il intégrait de la poudre de peinture à ses mélanges.

La maison Picassiette en quelques chiffres vertigineux, c’est :

  • 33 ans de travail acharné.

  • Plus de 15 tonnes de débris de verre et de vaisselle multicolores.

  • Des centaines de kilomètres parcourus à pied à travers le pays chartrain pour vider les décharges publiques.

La Maison Picassiette à Chartres
La Maison Picassiette à Chartres
La Maison Picassiette à Chartres
La Maison Picassiette à Chartres
La Maison Picassiette à Chartres
La Maison Picassiette à Chartres

L'union du spirituel et de la matière

La maison Picassiette est avant tout une immense déclaration d’amour : pour sa femme Adrienne, pour la nature, pour les animaux, et pour la cathédrale de Chartres qui lui a rendu la vue. En observant les façades, on découvre des milliers de fleurs semblables à des étoiles et des rosaces dédiées à la Vierge Marie, le tout réalisé à l’instinct, sans aucun dessin préalable.

Guidé par sa foi, Raymond a dessiné un parcours poétique où les fragments brisés se transforment en un chemin de sens. Les paysages orientaux visibles sur les murs évoquent la Jérusalem céleste, un symbole de paix de l’esprit.

Dans le jardin, on peut d’ailleurs méditer devant des panneaux affichant ses propres citations, qui résument parfaitement sa démarche :

« J’ai suivi mon esprit comme on suit son chemin. J’ai l’esprit de ferveur, j’ai toujours été fidèle à mon esprit, au chemin que je dois suivre. C’est un chemin étroit, puis on passe par une petite porte qui conduit au paradis. Quelquefois on tombe, on trébuche, puis on repart pour arriver au but. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, cela s’est dit avant que je sois au monde… »

Arrivé au bout de son voyage, Raymond Isidore s’éteint le 7 septembre 1964. Il repose au cimetière de la ville, juste à côté, mais son âme créative habite à jamais chaque recoin de son jardin de paradis.

La Maison Picassiette à Chartres
La Maison Picassiette à Chartres
La Maison Picassiette à Chartres

Pour compléter la visite de la maison Picassiette

Située en plein centre-ville de Chartres, la maison Picassiette est une splendeur absolue qu’il faut voir à tout prix lors de votre passage dans la ville. C’est un merveilleux modèle de créativité qui bouscule complètement les codes des musées classiques.

  • Une ambiance unique : Bien que le site soit plutôt petit, l’endroit dégage une atmosphère particulièrement poétique, vibrante de couleurs et de détails. On ressent la passion et la patience de l’artiste dans chaque recoin.

  • Le petit plus : Prenez le temps de flâner dans le jardin pour lire les panneaux explicatifs. Les citations de Raymond Isidore apportent une vraie profondeur à la visite.

  • À savoir : Depuis 2023, c’est l’Office de Tourisme de Chartres qui gère le site, garantissant un accueil de qualité pour préserver ce chef-d’œuvre !

La Maison Picassiette à Chartres

[ Note : Cet article a été rédigé en collaboration avec Eure-et-Loir Tourisme. Comme toujours, je conserve une totale liberté éditoriale pour partager mon expérience et mon ressenti avec vous. ]

Préparer sa visite : informations pratiques

🗓 Saison 2026
Ouvert du 14 février au 29 novembre, mais les horaires varient selon les saison (à consulter en ligne).

🎟 Tarifs

Attention, les tarifs évoluent selon la saison et la fréquentation (à consulter en ligne).

  • Plein tarif : 10€
  • Tarif réduit : 6€
  • Gratuit enfant – de 6 ans

📍 Contact 

Élodie Filleul

Amoureuse des lieux chargés d’histoire, je partage depuis 2015 mes visites de châteaux, ainsi que des idées de séjours et des expériences autour de l'art de vivre. Mon objectif ? Vous faire aimer les vieilles pierres !

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