De fil en aiguille : Carole Redais, restauratrice de tapisseries

À quelques pas du Château Royal de Blois et de l’église Saint-Vincent se niche la Manufacture de tapisseries Langlois. Carole Redais, restauratrice d’art, est à la tête de cet atelier depuis 2015.

Quand on évoque la tapisserie, l’esprit s’évade immédiatement vers les grandes tentures historiques, comme La Dame à la Licorne au Musée de Cluny ou l’immense Tenture de l’Apocalypse à Angers. Pourtant, au-delà du chef-d’œuvre, la tapisserie avait autrefois une fonction très concrète. Véritable « meuble », elle servait avant tout à isoler les pièces du froid et à protéger des courants d’air dans les demeures nobles et les églises.

Produit de luxe et de prestige, elle permettait également à son propriétaire d’affirmer son statut social à travers le choix de sujets décoratifs complexes et onéreux.

© François Christophe

Un savoir-faire au chevet du patrimoine

Malgré leur préciosité, beaucoup de tapisseries ont souffert des siècles, de la lumière qui ternit les éclats, ou encore des découpes sauvages pour les adapter à de nouveaux intérieurs. C’est ici qu’intervient le travail de fourmi de Carole Redais.

Diplômée de l’École Nationale d’Art Décoratif d’Aubusson, Carole a fait ses armes dans les plus grands ateliers parisiens avant de rejoindre la Manufacture Langlois en 2012. Sous ses mains expertes sont passées des pièces nationales provenant de Fontainebleau, du Louvre ou encore de Chambord.

Nous la retrouvons aujourd’hui au chevet d’une pièce provenant du Clos Lucé. Dans cet atelier chaleureux, où la vue sur la façade des Loges du Château de Blois est une source d’inspiration constante, Carole travaille avec minutie. Elle nous explique la complexité de sa tâche actuelle :

« Il s’agit d’une sérigraphie sur toile peinte, en très mauvais état. Elle a été coupée et certaines parties ont été reconstituées maladroitement par le passé. Ici, notre mission est la conservation pure : nous essayons de maintenir tout ce qui part en morceaux et de rattraper les interventions précédentes. »

© François Christophe

La patience comme maître-mot

Restaurer une tapisserie demande une patience infinie. Carole peut passer plus d’une centaine d’heures sur une seule pièce. Le défi principal ? Les tensions. À force d’être suspendues, les fibres s’usent et des déchirures apparaissent. Pour les combler, elle utilise les mêmes méthodes qu’il y a des siècles, en respectant scrupuleusement les matériaux d’origine.

« On essaie toujours de conserver le matériau initial : laine, soie ou coton. Ici, nous avons la chance d’avoir un stock de laines anciennes exceptionnel grâce à l’ancienneté de la manufacture. On trouve presque toujours la nuance exacte dont on a besoin. »

Pour les besoins spécifiques, elle collabore également avec un atelier artisanal près d’Aubusson qui réalise des teintures sur-mesure à partir d’échantillons.

© François Christophe

Un diagnostic précis pour une renaissance

Chaque restauration suit un protocole rigoureux : diagnostic, constat d’état, puis le fameux « dédoublage » (retrait de la doublure arrière). L’étape du nettoyage est cruciale : grâce à des outils spécifiques et des bains adaptés, les fils sont désencrassés, révélant parfois des couleurs que l’on pensait disparues à jamais.

Ce travail de l’ombre permet à des chefs-d’œuvre de briller à nouveau, comme cette copie de La Cène de Léonard de Vinci, brodée de fil d’or et offerte par François Ier au Pape, récemment restaurée pour une exposition exceptionnelle au Clos Lucé.

© François Christophe

La tapisserie au fil des siècles

Née au Moyen Âge, la tapisserie est d’abord utilitaire : elle isole les murs de pierre du froid tout en racontant des histoires bibliques ou héroïques. À la Renaissance, elle s’affine sous l’influence italienne, offrant des scènes plus aérées et monumentales.

L’âge d’or arrive au XVIIe siècle avec la création des manufactures des Gobelins et de Beauvais par Colbert, plaçant la France au sommet de cet art de prestige. Au siècle suivant, la mode change : on délaisse les grandes épopées pour des scènes champêtres et exotiques, plus adaptées aux salons intimistes.

Malgré l’industrialisation, la tapisserie reste un art vivant. Après 1945, Jean Lurçat lui insuffle une modernité abstraite, et aujourd’hui, les manufactures nationales continuent de tisser pour les plus grands artistes contemporains, perpétuant ce savoir-faire ancestral.

© François Christophe

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez découvrir plus en détail le travail de Carole, je vous invite à consulter son site internet

Pour information, depuis la rédaction de cet article, Carole a déménagé son atelier-boutique, toujours situé à Blois. 

Photographies : © François Christophe

Élodie Filleul

Amoureuse des lieux chargés d’histoire, je partage depuis 2015 mes visites de châteaux, ainsi que des idées de séjours et des expériences autour de l'art de vivre. Mon objectif ? Vous faire aimer les vieilles pierres !

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