« Avant d’entrer dans ce château pour la première fois, vous ne l’aviez encore jamais visité ! » Une évidence, une lapalissade, même ! Une figure de style directement liée au château de La Palice.
Situé dans l’Allier, le château de La Palice est habité par la famille de Chabannes depuis près de six siècles. Une longévité exceptionnelle qui fait de ce lieu une maison vivante, traversée par plus de trente générations.
Mais ici, le patrimoine ne se raconte pas seulement dans les livres d’histoire et lors des visites guidées. Il s’exprime aussi sur les réseaux sociaux. À travers des vidéos décalées et pleines d’humour, une nouvelle génération s’approprie les codes d’aujourd’hui pour partager le quotidien du château et faire découvrir autrement ce lieu chargé d’histoire. Un pari audacieux, mais gagnant puisqu’en un an et demi, la fréquentation du château a augmenté de plus de 40 %.
Avec la rubrique « Ils font bouger les pierres : des initiatives inspirantes », nous vous proposons de partir à la rencontre de celles et ceux qui font vivre le patrimoine au quotidien, et qui osent créer, expérimenter, communiquer autrement, ouvrir leurs portes différemment. Des initiatives inspirantes pour montrer que les pierres, elles aussi, peuvent bouger.
Pour ce nouvel article, nous avons échangé avec Elliot La Fonta, membre de la famille de Chabannes, qui participe aujourd’hui à faire vivre et rayonner le château de La Palice.
Le château de La Palice, en quelques mots
Dominant la Besbre, le château de La Palice est occupé par la famille de Chabannes depuis 1430. Construit au Moyen Âge puis remanié à la Renaissance, le château témoigne de plusieurs siècles d’histoire, étroitement liés à cette grande famille, dont Jacques Ier de Chabannes, Grand Maître de France et compagnon d’armes de Jeanne d’Arc.
Aujourd’hui représentée par les 30e et 31e générations, la famille poursuit la transmission de ce patrimoine tout en cherchant à le faire évoluer. Ouvert à la visite, le château continue de vivre à travers ceux qui l’habitent et ceux qui le découvrent.
La Palice et la vérité des lapalissades
Le terme lapalissade trouve son origine dans une anecdote liée à Jacques II de Chabannes, dit Monsieur de La Palice. À sa mort, au XVIᵉ siècle, ses compagnons d’armes écrivent une complainte en son honneur. On peut y lire : « S’il n’était pas mort, il ferait encore envie », dans le sens « il susciterait encore l’admiration ».
Mais lors de la copie du texte, une erreur transforme cette phrase. Le mot envie est mal retranscrit, et devient : « Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie. »
Au XVIIIe siècle, Bernard de La Monnoye reprend cette chanson et la transforme dans un registre humoristique, à la manière de la chanson du roi Dagobert. Il détourne alors le quatrain : « Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie. »
C’est ainsi qu’est née la lapalissade, une figure de style qui consiste à énoncer une vérité… évidente.
5 questions à lliott La Fonta, membre de la famille propriétaire du château
1. Alors tout d’abord, La Palice ou La Palisse ? On voit les deux orthographes sur internet… Quelle est l’histoire derrière ce nom ?
Il n’y a pas une seule bonne orthographe, et c’est ce qui rend le nom intéressant : il en existe en réalité trois.
La plus ancienne, aujourd’hui un peu oubliée, est « La Palisse », en deux mots avec deux S, que l’on retrouve dans les textes anciens. Elle a ensuite évolué en « La Palice », toujours en deux mots mais avec un C.
Après la Révolution française, une nouvelle forme apparaît : « Lapalisse« , en un seul mot avec deux S. L’objectif était alors de dissocier le nom de la ville de celui de la famille et du château. Cette distinction existe encore aujourd’hui. Lorsque nous parlons du château familial, nous utilisons « La Palice », avec un C. En revanche, la ville utilise « Lapalisse », en un seul mot.
Sur les réseaux sociaux, nous avons fait le choix d’utiliser « Lapalisse », car c’est plus simple et plus identifiable. Mais dans notre communication familiale, nous restons attachés à l’orthographe « La Palice ».
2. Votre famille occupe le château depuis 1430, soit plus de 30 générations. Comment vit-on aujourd’hui dans un lieu chargé d’une telle histoire ?
Vivre dans un château comme celui de La Palice aujourd’hui, c’est forcément vivre avec le poids de l’histoire. D’autant plus que nos ancêtres sont enterrés dans la chapelle. La famille est, d’une certaine manière, toujours présente au quotidien.
Il y a à la fois cet héritage familial, mais aussi celui de figures marquantes de l’histoire de France. Je pense notamment à Jacques Ier de Chabannes, compagnon de Jeanne d’Arc, ou encore à Jacques II de Chabannes, dit Monsieur de La Palice, qui a participé aux campagnes d’Italie et à l’origine des célèbres « vérités de La Palice ».
Nous nous inscrivons dans une lignée de personnages qui se sont battus pour la liberté. Aujourd’hui, je suis d’ailleurs la première génération à ne pas être militaire, ce qui marque une rupture, mais pas forcément avec cet héritage.
Car le poids est double : celui de l’histoire, et celui d’une maison à entretenir. Au quotidien, cela signifie faire face aux travaux, aux coûts, et arbitrer entre le confort et la préservation du château.
Aujourd’hui, vivre ici, ce n’est plus se battre sur un champ de bataille, mais se battre pour faire vivre le lieu : créer des activités, trouver des solutions, et surtout espérer transmettre ce patrimoine à la génération suivante. Car nous ne sommes que des maillons d’une chaîne, et nous ne voudrions pas en être le dernier.
3. Le château se démarque sur les réseaux sociaux. Vos vidéos utilisent un ton souvent décalé et humoristique. Pourquoi avoir choisi cette manière de raconter un lieu historique ?
Ce décalage entre le lieu historique et ce que je propose sur les réseaux est avant tout lié à ma personnalité. Je ne pourrais pas jouer un rôle ou raconter quelque chose qui ne me ressemble pas. J’essaie d’être assez léger dans ma manière d’être, et c’est ce que j’ai voulu retranscrire dans mes contenus.
L’humour s’est imposé assez naturellement. C’est une manière plus accessible et plus attractive de faire passer des messages. Cela permet aussi de créer un attachement, aussi bien au lieu qu’aux personnes.
Au départ, j’avais une approche beaucoup plus institutionnelle, avec des visuels très classiques et des contenus très historiques. Mais j’ai eu envie de dépoussiérer l’image du château, et de proposer quelque chose de plus vivant.
4. Comment réagit le public face à cette manière plus décalée de raconter le patrimoine ?
Au départ, ce ton décalé a suscité pas mal d’interrogations. Les premières vidéos ont été parfois critiquées, notamment parce que je tutoie les gens ou que le contenu pouvait paraître surprenant. Ill m’arrive par exemple de faire des roulades dans la pelouse en parlant d’un fait historique.
Comme toute nouveauté, cela a d’abord étonné. Mais avec le temps, les choses ont évolué et les retours sont aujourd’hui très positifs. Les gens se sont habitués à ce format, et on voit d’ailleurs de plus en plus de contenus similaires sur les réseaux.
J’ai notamment été marqué par une vidéo où je partageais un message critique reçu d’un visiteur : les réactions ont été très fortes, avec beaucoup de soutien et d’encouragement. Cela m’a fait prendre conscience qu’il existait une vraie communauté autour du château.
Aujourd’hui, l’idée est de continuer dans cette dynamique tout en diversifiant les formats : conserver des vidéos humoristiques, mais aussi proposer des contenus plus esthétiques ou plus institutionnels. Nous développons également des collaborations avec des créateurs de contenus, qu’ils soient liés au patrimoine ou à des univers plus spécifiques comme le paranormal. Ces projets permettent de faire découvrir le château autrement et d’attirer de nouveaux publics.
5. À travers ces contenus, qu’avez-vous envie de transmettre sur "la vie de château" aujourd’hui ?
Il y a une idée que j’aime beaucoup et que l’on répète souvent dans la famille : il ne faut pas confondre la vie de château avec la vie dans un château. La vie de château, on peut la vivre partout. En revanche, la vie dans un château, c’est tout autre chose.
À travers mes vidéos, j’essaie de montrer ce décalage, souvent avec humour. Tout est plus long, tout demande plus d’efforts : le château est vaste, et les situations du quotidien deviennent vite sportives. Aller chercher un verre d’eau ou se faire un café peut prendre beaucoup plus de temps qu’on ne l’imagine.
Mais derrière ces scènes, il y a aussi un message plus simple : notre vie est finalement assez normale. On fait les choses nous-mêmes, comme tout le monde. Il n’y a pas cette image idéalisée avec du personnel partout. C’est une vie simple, mais dans un lieu qui ne l’est pas.
Et au fond, j’essaie aussi de montrer que le patrimoine peut se vivre de différentes manières. À travers l’histoire, bien sûr, mais aussi à travers le quotidien, les émotions et les expériences qu’il procure.
Question bonus : Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent après leur passage à La Palice, ou même après avoir découvert le château à travers vos contenus ?
Ce que j’essaie avant tout de transmettre, c’est que La Palice est un château de famille, géré en famille, où 31 générations se sont succédé et continuent de le faire vivre aujourd’hui.
C’est une maison qui porte une véritable part de l’histoire de France, à travers des figures qui se sont engagées pour la liberté. Mais au-delà de cette histoire, il y a aussi une volonté forte : montrer que ce lieu reste avant tout une maison vivante.
Lorsque les visiteurs arrivent, nous leur disons souvent qu’ils ne sont pas dans un musée, mais dans un château de famille. Il n’y a pas de cordelettes, ils peuvent s’asseoir, prendre leur temps… L’idée est qu’ils se sentent accueillis, presque comme chez eux. Et c’est souvent ce qu’ils retiennent : non pas une simple visite, mais l’impression d’avoir été reçus dans une maison habitée.
Le fait que nous vivions sur place renforce aussi cette proximité. Les visiteurs nous croisent, nous voient dans notre quotidien. Cela rend le lieu plus accessible. Au fond, nous ne sommes pas propriétaires de cette histoire, elle appartient à tous. Mais nous sommes heureux de pouvoir la partager et d’ouvrir les portes de cette maison.
Faire vivre un château aujourd’hui, ce n’est pas seulement transmettre une histoire, c’est aussi trouver de nouvelles façons de la raconter.
À La Palice, cette nouvelle génération s’empare des codes contemporains pour partager le quotidien du lieu avec simplicité et humour. Une manière de rendre l’histoire et le patrimoine accessibles à tous, et de casser l’image de la « vie dans un château ». Le pari est réussi !
Je vous invite vivement à découvrir les contenus du château, présents sur Instagram, Facebook mais aussi TikTok. Vous ne serez pas déçus !
Un grand merci à Elliot La Fonta pour cet échange passionnant.
Préparer sa visite : informations pratiques
🗓 Saison 2026
- Du 1er avril au 30 juin : tous les jours sauf le mardi, de 9h à 12h et de 14h à 18h.
- En juillet et août : tous les jours, de 9h à 12h et de 14h à 18h.
- Du 1er septembre au 31 octobre : tous les jours sauf le mardi, de 9h à 12h et de 14h à 18h.
🎟 Tarifs
- Tarif plein : 10€
- Tarif réduit (enfant 6-18 ans, étudiants, PMR) : 7€
- Famille (2 adultes + 2 enfants) : 29€
- Gratuit pour les moins de 5 ans
📍 Contact
- Téléphone : 04 70 99 37 58
- Mail : chateaudelapalice@orange.fr
« Vous allez aimer les vieilles pierres ! »
Comments (2)
Marie-Christine Victorsays:
30 avril 2026 at 10 h 37 minJe viens de visiter le château de La Palice et j’aimerais être sûre d’avoir bien compris que l’actuel propriétaire du château est bien Jacques de Chabannes, 24e du nom ?
Élodie Filleulsays:
1 mai 2026 at 14 h 53 minBonjour, je ne pense puisque comme précisé dans l’article, le château est aujourd’hui représenté par la 30e et 31e génération. 🙂